Il y a les gens qui ont le cœur dur ici dehors. Non, franchement, il y a des gens qui sont trop forts. L’autre jour, voilà Mboua Massock qui demande eux gens de marcher pour chasser Popol (surnom donné au président du Cameroun) du palais d’Etoudi.Quand j’ai suivi ca, je me suis dis que les affaires là voulaient encore recommencer. En février 2008, j’avais marché et j’étais engagé jusqu’au cou. Je ne sais plus bien pourquoi. Il y avait des jeunes qui marchaient et comme leurs revendications me semblaient bonnes, sans même réfléchir, moi aussi j’étais avec eux. On avait barré les routes. Et en plus comme ca coïncidait avec la grève des taximen, on a fait trembler ce pays. Mais les gars du BIR et les autres policiers sont venus et ils ont tué deux de mes amis. Moi même là, j’ai failli perdre ma vie et j’ai été arrêté avant d’être relâché.Au sortir de tout ca, ma maitrise était toujours en main et rien n’avait changé. J’ai repris tranquillement mon travail de chargeurs de marcheur dans les agences de voyage en me jurant que désormais, les affaires de marches là, personne n’allait plus m’y reprendre.

L’autre jour donc, Mboua Massock recommence ses choses. Bien évidemment, je n’étais plus là. Les Tunisiens et les Égyptiens pouvaient se sacrifier pour leur pays, moi là, je n’en avais rien à foutre. Je savais que ca ne devait servir à rien une fois que Popol devait envoyer ses sauvages de BIR là. Donc, j’ai même fait comme si personne n’avait rien dit. Après, d’autres hommes politiques se sont mêlés de ça. On m’a dit que la diaspora était pour quelque chose. Des tracts ont commencé à circuler et j’ai vu l’un d’eux : « BIYA DEGAGE ». C’était ca le mot d’ordre.

L’autre jour, voilà mon complice chargeur qui vient me voir. Il paraît qu’il y a un des barons du RDPC qui veut organiser une marche pour contrecarrer celle des opposants. Une marche en faveur de Popol. Bien sûr, personne ne peut marcher pour rien pour Popol. Donc, il me dit qu’il y a un billet de 5000 FCFA à l’issue de la marche pour tous ceux qui veulent s’y engager.

C’est vrai, j’avais décidé de ne plus être dans les affaires de marche là. Mais 5000…c’est mon salaire de trois jours. En plus, c’était pour Popol. Aucun risque de me faire pulvériser d’eau par les policiers, de me faire brutaliser par le BIR, de me faire jeter en prison malgré le fait de marcher alors que c’est interdit. Donc, je ne risquais rien.

La veille de la marche, je me suis quand même posé de questions…Franchement, la misère ci nous fait faire des choses. Un gros moi comme ca. Avec ma Maitrise. Avec tous mes problèmes. Mon chômage. Ma famille pauvre. Mes amis tués. Mes discussions sur la démocratie. Me voilà réduit à marcher pour soutenir quelqu’un qui est au pouvoir depuis 29 ans….Pour 5000 FCFA. Alors que les jeunes de Tunisie meurent pour libérer leur pays. J’ai eu honte…mais j’étais seul et la honte ne tue pas. Ce qui comptait, c’était les 5000 là. J’ai donc fermé les yeux et je me suis engagé.

Le lendemain donc, nous nous sommes mis en route. J4ai retrouvé dans le groupe certains de mes amis avec qui on discutait souvent politique. Je ne sais pas ce qu’ils pensaient. Il y en avait qui racontaient comment l’opposition voulait détruire le Cameroun. D’autres étaient là, sans par oles, sans doutes rongés par les questions qui m’avaient assailli la veille. Un des gars m’a même raconté qu’il devait marcher aussi dans l’opposition. Mais qu’il marchait là parce qu’il avait besoin des 5000 là pour les soins de sa petite amie à l’hôpital. On a fait ce qu’on nous a demandé de faire. La CRTV est bien évidemment venu filmer. Et le soir, les gars du RDPC qui ont leurs enfants en France et aux Etats Unis, quelques milliards en banque allaient venir témoigner du soutien du peuple à Popol. Ca me fait bizarre d’y penser. C’est tellement évidemment que c’est faux. Mais bon, comme il y a des gens qui marchent et que la télé filme, on va faire comment.

A la fin de la marche donc, nous voilà qui nous retrouvons devant le gars qui doit « finir avec nous » pour qu’il nous paie notre argent. C’était comme les blagues. Il, a commencé à sortir les billets de 2000 FCFA. Puis comme si de rien n’était, il a tendu ca aux gars. Il était là avec les policiers. Franchement, cela l’a sauvé. Sinon, on le lynchait le même jour et on commençait une nouvelle marche contre Popol à l’instant même et après lui avoir arraché l’argent qu’il avait.

Voilà quelqu’un qui nous fait marcher pour 5000 FCFA alors que Kadhafi paie ses mercenaires à 2000 dollars la journée…Franchement, comme dictateur, il ne peut pas imiter ses grands frères ? Et après qu’on finit la marche, le voilà qui dit que c’est 2000 FCFA qu’il doit payer.

Aie. Il y a des gens qui ont le cœur dur ici dehors. Pardon Mboua Massock. Appelle seulement ta prochaine marche. J’oublie les affaires du passé là. On va me voir ici dehors !

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