Commençons par le début : Je ne connais pas personnellement Suzanne Kala-Lobé. Je n’en ai pas besoin. C’est la personne intellectuelle publique qui est l’objet de cet article et surtout, ces milliers de personnes qui se prononcent sur elle et qui ont certainement besoin d’un peu plus de recul.

Quand Canal 2 s’organise dans sa diversion populiste et engage tout feu tout flamme tout ce qui lui tombe sous les mains, c’est ma grande découverte de cette journaliste atypique. elle parle de tout, se prononce sur tout, connait tout, donne le réplique à tous et bien sûr, comme la plupart des Camerounais, je commence alors à me braquer sur ce “sabitout”, qui fatigue un peu. Et au fil de ses analyses et de ses débats, je commence à me fixer une idée précise sur elle. Je sais à peu près quelle sera sa réponse sur tel sujet, sa position pour telle situation, et je je finis par me lasser par cette espèce de connaissance infini qui me laisse un gout amer. Kala Lobé est certes une grande journaliste, mais sur bien des points elle se trompe et je ne lui sens pas l’humilité de se démarquer de positions figées. Je finis donc par ne plus l’écouter du tout et ne plus la lire.

Jusqu’à ce fameux jour de 2009…sur camer.be (il y’a bien un temps où je visitais ce site avant qu’il ne soit pollué par des commentaires non régulés et finalement d’une nauséabonde saleté). Elle avait pondu un pamphlet sur la diaspora camerounaise…

Pour la première fois depuis que je la suivais…j’étais complètement, mais alors totalement d’accord avec elle. J’étais alors installé moi même dans une cité européenne et je retrouvais quelques amis du pays…le simple passage de la mer avait suffi à les transformer en intellectuels expérimentés, connaissant des choses pour lesquels leur ignorance était d’un fracas plus qu’absolu. Pour une fois…quelqu’un osait leur dire en face la vérité la plus réelle et malgré ses opposantes sympathies, elle avait dépassé ce que j’imaginais être ses positions pour mettre les pieds dans le plat…et quel plat !

J’ai lu la pléthore de réponses bancales de ces pseudos intellectuels de la diaspora qui n’acquièrent leur intelligence que d’une simple traversée de la mer…et définitivement, il me semblait que Kala Lobé avait raison. Je n’ai plus eu de ses nouvelles intellectuellement parlant jusqu’à la fameuse émission “Droit de réponse”. Là, j’ai été impressionné.

D’abord parce que les répliques de Kala Lobé me semblent mettre en exergue la réalité de la société camerounaise : une société d’hommes et de femmes qui ne veulent rien remettre en question et qui s’étonnent du statu quo…une société où nous sommes si profondément engagés à ne pas réaliser que ce que nous avons toujours fais jusque là n’a rien changé. Personne ne se refait, ne se remet en cause ou en question. Tout le monde sait tout quand l’ignorance devient de plus en plus criarde. Tout le monde fait tout bien quand l’inefficacité politique est au comble de sa démonstration. J’ai alors vu un son de cloche différent.

J’ai vu une personne qui a le courage de poser le problème le plus profond de notre société sur la table : Personne ne se remet en question et c’est pour cela que rien ne bouge d’un point de vue fondamental.

J’ai aussi vu notre société réagir comme toute société qui ne veut pas se remettre en cause. S’énerver contre Kala Lobé et lui attribuer tous les noms d’oiseaux. Bien sûr, elle en mérite bien quelques uns…tant elle est souvent têtue dans son opiniâtreté. Mais dans le fond, Kala Lobé me semble le mieux représenter aujourd’hui le miroir dans lequel tous les ignorants se regardent pour avoir l’impression d’être plus sage. Il leur suffit pourtant simplement d’enlever la bouée de leur illusion pour comprendre qu’au lieu de chercher les poux sur la tête…le message portée par elle est peut-être la clé de bien de choses ! Accepter de se remettre en question.

Je ne suis pas son avocat. Elle a heureusement les couilles pour se défendre toute seule comme une grande fille. En attendant Madame Kala Lobé, tous mes hommages.

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