La vie politique camerounaise s’est longuement contenté de nous présenter depuis une vingtaine d’années le même film. Et finalement, nous sommes tombés dans le piège de voir le monde sous le prisme de ce film avec terrible et massacrante conséquence, un statu quo bien entretenu par nous tous.

Biya must go ! A l’époque le slogan a mobilisé et finalement, nous nous sommes enlisé dans le creux de ce slogan et de la démarche qui allait avec. Loin de construire quoi que ce soit qui soit structurellement assez puissant pour traduire ce slogan en une véritable arme de destruction du statu quo et de chasse de tout le régime Biya, la classe politique camerounaise a malheureusement mis en scène un film politique dont les élections présidentielles viennent de démontrer que nous nous enfonçons davantage dans le “rien” et le “nulle part”.

acte 1 : Ne rien faire du tout avant les élections. Voilà le début de tout. Paul Biya le premier se terre dans un silence jusqu’à quelques jours avant la fin de dépôt des candidats. Mais pire, derrière lui, tous les partis de l’opposition se vautrent dans un vide stratégique complètement inopérant. Les quelques exceptions assez lucides pour faire comprendre que le vide politique est une très mauvaise scène se font taxer de tous les noms. Kah Walla et Jean Marie Nitcheu par exemple au SDF sont des cas rares tout comme le combattant Mboua Massock. Même si ces personnalités sont dans des registres différents, ils marquent un point qui est rare. Celui de la présence politique et pour le cas spécifique de Kah Walla, on aura vu une véritable démarche stratégique qui devrait porter des fruits après quelques années.

acte 2 : critiquer le système électoral. A chaque élection, c’est le même son de cloche avec les mêmes suites logiques. Bien sûr, le système électoral n’est pas parfait, il est même loin de l’être et le régime Biya en est la cause la plus directe. Mais ne pouvoir rien faire là dessus et partir quand même aux élections est plutôt troublant…surtout quand c’est à chaque coup la même chose !

acte 3 : hésiter à participer aux élections. Là aussi, c’est à chaque fois le même scénario. Partira, partira pas…c’est souvent jusqu’à quelques jours ou semaines des élections que les partis d’opposition se décident. Cette année 2011, pour les présidentielles, c’est à quelques semaines de l’élection que le SDF a décidé de prendre part…et encore, jusqu’à quelques jours, la confusion régnait sur la volonté de boycotter les échéances.

acte 4 : faire diversion sur le candidat unique. A chaque élection, des coalitions se forment…qui se déforment quelques jours ou semaines avant l’élection. On a vu un rapprochement entre le CPP et le PDC. Qu’est-il devenu ? l’offre Orange qui voulait mobiliser une coalition d’acteurs est entrée dans les tiroirs.

acte 5 : des campagnes boiteuses. Certains candidats n’allant presque pas sur le terrain. Ou encore des plaintes sur l’argent insuffisant alors qu’il est clair qu’il ne faut pas venir déranger les gens si on n’a pas les moyens de faire une vraie campagne. Mais chaque année, nos hommes politiques se plaignent de ce que leur adversaire politique ne leur a pas mis au même niveau d’action politique qu’eux !

acte 6 : cri à la fraude. C’est le seul point sur lequel nos hommes politiques excellent. A tord ou à raison, la vraie campagne, est faite ici, pour appeler “la communauté internationale” à une certaine sensibilité et surtout justifier avec fierté son échec auprès du peuple pour que personne n’ait l’impression qu’on a échoué parce qu’on s’est planté le doigt dans l’œil.

acte 7 : des nouveaux noms à la mangeoire et pour 2011, on attend encore le verdict.

Depuis 20 ans que ca dure, il est probablement temps de passer à un autre film. A d’autres scénarios. A d’autres actes. Il est probablement temps que nos acteurs politiques fassent preuve de plus d’imagination, ou cèdent la place à ceux qui en sont capable…ou plus simplement que des acteurs avec de nouveaux scripts s’emparent de la scène politique…comme a commencé à le faire Kah Walla qui aura écrit son propre scénario et qui apporte une bouffée d’air à cet espace politique confisqué par des spécialistes en statu quo qui ne veulent pas se remettre en question.

Publicités